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Un gros lot à la loterie, un jackpot de machine à sous ou un pari sportif gagnant : au Canada, ces gains ne sont en général pas imposables pour un joueur récréatif. L’Agence du revenu du Canada (ARC) prévoit toutefois des exceptions, et ce que rapportent ensuite les sommes gagnées suit d’autres règles. Voici comment s’y retrouver.
La référence officielle est le folio de l’impôt sur le revenu S3-F9-C1, qui porte sur les gains de loterie, les encaissements divers et les produits de la criminalité. Il pose le principe suivant : une somme reçue qui constitue un gain fortuit n’est pas imposable. Un prix de loterie n’est imposable ni comme gain en capital ni comme revenu, sauf circonstances propres à la loterie en cause.
La logique fiscale canadienne repose sur la notion de source de revenu. Un emploi, une entreprise ou un bien produisent un revenu; un coup de chance, en principe, non. C’est pour cela qu’un gain de casino n’a pas à figurer dans votre déclaration dans la grande majorité des cas, que vous jouiez sur un site autorisé en Ontario, sur lotoquebec.com ou dans un casino terrestre.
C’est le cas type du gain fortuit visé par le folio. Le principe vaut aussi pour les paris collectifs (pools), pour lesquels le folio précise qu’aucun gain ni aucune perte en capital ne découle de la chance de gagner.
Pour un joueur récréatif, un jackpot ou un gain à la roulette est traité comme un gain fortuit. Le support (site en ligne ou casino terrestre) ne change rien à ce principe.
Même analyse : le joueur qui parie pour le plaisir n’exploite pas une entreprise. La régularité des paris ne suffit pas à elle seule à changer la qualification.
Le folio rappelle que le jeu, même pratiqué de façon régulière, fréquente et systématique, ne constitue généralement pas une entreprise, sauf dans des circonstances fort exceptionnelles.
Le folio admet que des activités de jeu peuvent produire un revenu d’entreprise imposable, ou une perte d’entreprise déductible, si elles constituent une source de revenu. Les gains tirés d’une activité de preneur aux livres (bookmaker) ou de l’exploitation d’une maison de jeu sont, eux, clairement un revenu d’entreprise. Pour un joueur, aucun facteur n’est décisif à lui seul; l’ARC tient compte des éléments suivants :
La façon dont les activités sont structurées : méthode, suivi, moyens consacrés au jeu.
L’existence de connaissances spéciales ou de renseignements privilégiés qui réduisent la part de hasard.
Jouer pour le simple plaisir, ou jouer dans un but lucratif.
Notamment le nombre et la fréquence des paris.
Ces critères sont appréciés ensemble, à partir des faits propres à chaque contribuable. Le folio cite notamment une affaire liée au billard dans laquelle les gains ont été jugés imposables. Un joueur récréatif qui fait quelques paris par semaine ou des séances de machines à sous le week-end est loin de ce profil.
Pour un joueur récréatif, c’est un gain fortuit : rien à déclarer. Le retrait peut toutefois donner lieu à une vérification d’identité, en raison des règles fédérales sur les déboursements de 10 000 $ ou plus.
La fréquence des paris ne suffit pas à faire du jeu une entreprise. L’analyse reste celle d’un joueur récréatif, sauf si les quatre critères de l’ARC pointent vers une activité organisée dans un but lucratif.
Le lot n’est pas imposable, mais les intérêts du dépôt à terme le sont chaque année, comme tout revenu de placement.
Pour un joueur récréatif, ces pertes ne se déduisent pas du revenu. La symétrie est la même que pour les gains.
La symétrie joue dans les deux sens. Puisque les gains d’un joueur récréatif ne sont pas un revenu, ses pertes ne sont pas déductibles. Le folio précise qu’aucun gain ni aucune perte ne peut découler de la disposition d’une chance de gagner un prix. Seule une personne dont le jeu constitue une entreprise, au sens des critères ci-dessus, peut déduire une perte d’entreprise. Dans ce cas, les gains de cette activité sont aussi imposables.
Le gain lui-même n’est pas imposé, mais ce qu’il rapporte ensuite peut l’être. Le Guide général d’impôt et de prestations de l’ARC (édition archivée consultée sur canada.ca) le précise : les revenus tirés de montants non imposables, par exemple les revenus d’intérêt sur des gains de loterie, sont imposables. Un calcul simple, à titre d’exemple :
À noter : le solde d’un compte joueur ne produit pas d’intérêts. Les conditions du jeu en ligne de Loto-Québec indiquent d’ailleurs qu’aucune somme déposée ou versée au compte ne porte intérêt. Le folio traite aussi des prix versés sous forme de rente : les paiements de rente sont alors inclus dans le revenu, selon le type de contrat.
Un cas particulier mérite d’être connu. Les prix remis par un employeur sont en principe un revenu d’emploi. Le folio prévoit toutefois qu’un prix accordé au hasard lors d’un concours organisé par l’employeur peut être traité comme un gain de loterie si certaines conditions sont réunies : les employés ne représentent qu’une faible part des participants, ils ne reçoivent pas de traitement préférentiel et ils sont soumis aux mêmes exigences de participation que les autres.
Le régime change si vous gagnez de l’autre côté de la frontière, par exemple dans un casino de Las Vegas ou d’un État voisin. Selon la publication 515 de l’IRS, les non-résidents des États-Unis sont en général assujettis à une retenue de 30 % sur le montant brut des gains de jeu obtenus aux États-Unis, lorsque ces gains ne sont pas liés à une activité commerciale américaine et ne sont pas exonérés par une convention fiscale. Les gains et la retenue sont déclarés sur les formulaires 1042 et 1042-S.
Côté canadien, le gain reste soumis aux principes décrits plus haut. Pour une situation précise, surtout si la somme est importante, un fiscaliste pourra vérifier les règles applicables des deux côtés de la frontière.
Même sans impôt à payer, il est utile de pouvoir justifier l’origine d’une somme importante, par exemple auprès de votre institution financière au moment d’un dépôt. Les sites autorisés en Ontario doivent vous donner accès à l’historique de vos dépôts, retraits, parties et totaux par séance. Chez Loto-Québec, un lot de loterie de 25 000 $ ou plus, ou un lot Mise-o-jeu+ de 100 000 $ ou plus, se réclame en personne dans un établissement désigné, avec une pièce d’identité valide, et il est versé par chèque après vérification. Conservez ces documents avec vos papiers financiers. Pour un gain obtenu aux États-Unis, gardez aussi votre exemplaire du formulaire 1042-S, sur lequel sont déclarés le gain et la retenue.